“Me voici de retour à Paris, reposé, en forme,après des vacances courtes mais réussies. Le temps est venu pour moi de m’atteler à la préparation du mois qui court de la Fête de la Rose de Frangy, ce dimanche en Saône et Loire, chez Arnaud Montebourg, au Conseil national de synthèse du 23 septembre, au terme duquel seront connues les motions soumises au vote des militants socialistes, mois décisif pour l’avenir du PS et –je pèse mes mots- pour sa survie en tant que force de gouvernement, prétendante sérieuse à l’alternance. La semaine dernière, j’ai posté ici deux papiers exprimant ma perplexité, qui ont provoqué beaucoup de réactions, heureusement contrastées. Je les lis, et les comprends.
Aujourd’hui, j’insiste, et vous appelle à regarder la réalité en face : le PS et la gauche doivent impérativement se ressaisir. Ce week-end sont parus, dans « Marianne » et dans « Ouest France » deux sondages qui viennent confirmer mes interrogations, et qui doivent nous faire réfléchir. Certes, ce ne sont que des enquêtes d’opinion, hors de tout contexte électoral, avec tous les biais d’usage, et tout à fait soupçonnables. Elles démontrent toutefois de manière implacable notre dénuement, et la terrible perte de crédibilité dont nous souffrons, que tant de gens autour de nous expriment et ressentent. Résumons, en vrac. Le PS s’oppose mal, pour une majorité des sondés -52%. Il n’a pas, à leurs yeux, de projet -67% des Français le pensent. Il ne suscite pas la confiance et se situe loin des préoccupations des Français -à 55%. Ses dirigeants ne sont pas jugés de grande qualité par 66% des personnes interrogées. Résultat dans une simulation -hautement artificielle, j’en conviens, mais parlante- le Président de la République accroîtrait son avance du premier tour de 2007 –obtenant 33 à 35% des voix- face à ses possibles challengers socialistes crédités de 15%, pour Martine Aubry, à 22% pour Ségolène Royal, en recul de 4 points par rapport à l’année dernière, en passant par 19% pour Bertrand Delanoë (par ailleurs jugé « meilleur opposant ») et 20% pour DSK. Le tout, au sein d’une gauche réunissant toujours nettement moins de 40% des intentions de vote. Quel paradoxe que cette amplification de l’audience de Nicolas Sarkozy –pourtant terriblement impopulaire, et en plein échec- comme si se manifestait un décuplage entre le crédit-apanage du champion de l’UMP -et la sympathie- chichement accordée aux leaders socialistes, massivement tournée vers ses élus locaux.
Et pourtant, que d’insuffisances, que d’échecs du Chef de l’État ! La semaine qui vient de s’écouler offre des exemples plus que significatifs de ces carences. Il y a, d’abord, la guerre-éclair entre la Russie et la Géorgie. J’en ai beaucoup parlé dans les médias, très peu ici. Avec une semaine de recul, il est possible de juger la diplomatie sarkoziste. Le Président de la République a, comme d’habitude, affiché un point fort : la détermination, la vitesse. Il a aussi, comme toujours, forcé la main à ses partenaires européens, négligeant l’Allemagne, beaucoup plus ferme face à la Russie. Surtout, il a proposé un faux plan de paix, qui est en réalité à peine un accord de cessez le feu, conclu aux conditions voulues par la Russie de Vladimir Poutine, négligeant de mentionner l’intégralité territoriale de la Géorgie, ne se préoccupant pas du statut de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Rien d’étonnant, dans ce contexte, à constater que la Russie, malgré les coups de menton, timides, de Nicolas Sarkozy, et les avis d’ultimatum, mous, de Bernard Kouchner, ne se presse pas de retirer ses troupes. Il faut s’attendre, si cela persiste, à un durcissement de l’attitude des Etats-Unis. Tout cela ne renforce pas vraiment l’Europe, et ne met en œuvre aucune solution conforme au droit international et obéissant à des principes. Une fois de plus, on reconnaît les caractéristiques de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy : précipitation, égocentrisme, absence de réflexe européen, complaisance à l’égard des forts. Il faut le dire et le redire, comme je m’y emploie depuis un an.
Il y a ensuite, bien sûr, l’échec de la politique économique du pouvoir, attesté par les très mauvais chiffres de la croissance (-0.3% au deuxième trimestre, +0.1% prévu au troisième) qui frôlent la récession, et sont en tout cas plus que le « ralentissement » évoqué hier par François Fillon. Tous les indicateurs de l’économie française sont au rouge : commerce extérieur, investissement, consommation, déficits publics. Là réside notre triste spécificité. Car, si la crise économique –financière, immobilière, pétrolière- est mondiale, l’absence de toute marge de manœuvre est un malheureux « privilège français ». Nous ne pouvons pas, contrairement aux Espagnols qui mettent en œuvre un plan de relance de 20 milliards d’euros, soutenir l’activité : les 15 milliards du paquet fiscal nous privent de toute capacité, nous condamnent à la rigueur –avec un budget 2009 impossible à boucler -alors qu’il faudrait soutenir le pouvoir d’achat des plus faibles et muscler notre appareil productif. Il y a donc bien, ici et maintenant un criant besoin de gauche –une gauche qui doit dire la vérité, ne pas se contenter de critiques faciles mais proposer un nouveau modèle de croissance et de développement. Encore faut-il, pour cela, cesser de faire fausse route, comme certains s’entêtent à le faire.”